mardi 23 février 2010

J'ai voulu porter l'étoile jaune de Françoise Siefridt





Mon sentiment à l'égard de ce « devoir de mémoire », tant défendu par les historiens et les professeurs d'Histoire-Géographie, a toujours été partagé. D'un côté, la guerre a été affreuse car une guerre n'est jamais une belle chose. De plus, elle a été basée sur un fondement de pensée totalement horrible : une « race » est supérieur à une autre, il n'y a pas de place à la différence et encore moins à la tolérance. Sur ce point de vue, il n'y a aucun doute, je me range du côté des historiens et autres : nous devons tout faire pour que notre pays ne connaisse plus la guerre et tout ce qui l'entoure.

D'un autre côté, il y a un gros problème de contexte : qui sommes-nous à l'heure d'aujourd'hui dans notre société pour juger ce qui a été fait par le passé? C'est un peu comme appliquer à notre temps un mode de pensée qui a été créé des millénaires auparavant... On ne peut pas le faire car c'est inapplicable hors de son contexte.

Pour reprendre l'idée globale de ma pensée, j'ai toujours adoré cette chanson de Goldman : Né en 17 à Leidenstadt et particulièrement le passage : Si j'avais grandi dans les docklands de Belfast, Soldat d'une foi, d'une caste, Aurais-je eu la force envers et contre les miens, De trahir: tendre une main. En bref : il est très facile de dire ce que l'on aurait fait mais l'aurait-on fait? Alors oui nous pouvons condamner mais nous devons garder d'immenses réserves.

Résumé : C'est le jour même de l'ordonnance nazie imposant le port d'un insigne à tous les Juifs que Françoise Siefridt, une étudiante chrétienne de dix-neuf ans, décide d'arborer l'étoile jaune avec l'inscription " Papou ", pour en dénoncer le caractère barbare et humiliant. Un geste de solidarité courageux qui lui vaut d'être aussitôt arrêtée par la police française. De juin à août 1942, au cours de son internement comme " amie des Juifs " aux camps des Tourelles puis de Drancy, Françoise Siefridt a tenu un Journal dans lequel elle rapporte les scènes poignantes dont elle a été témoin.

Une préface historique intéressante mais longue

L'une des raisons pour lesquelles j'ai voulu faire ce partenariat est le caractère historique de l'ouvrage. J'ai souvenir, de part les cours d'Histoire-Géographie, des grands traits de la Seconde Mondiale mais je voulais avoir quelques détails, un peu plus de faits, en savoir plus sur les principaux acteurs de la guerre... On peut dire que j'ai été servi : avant le témoignage à proprement parler, M. Jacques Duquesne relate les principaux événements de la guerre. Cependant, il rend lourde sa préface en énumérant quantité d'ecclésiastiques ayant pris telle ou telle position. Certes, l'intérêt était là mais d'une part il y avait trop de matière en même temps et d'autre part, la préface occupe environ les quatre-vingts premières pages c'est-à-dire quasiment la moitié du livre...

Témoignage, mélange d'une femme à la fois affirmée et candide

A mon humble avis, pour vouloir s'afficher avec une étoile Jaune sur laquelle n'était pas inscrite la mention « Juive » mais « papou », il fallait avoir du cran! C'est la première impression que l'on ressent de cette jeune fille adorant la vie bien qu'elle ait été entrainé par une vague de protestations communistes. Elle s'attire bien évidemment les foudres des policiers qui virent en elle simplement la provocation mais leur devoir était de faire respecter les règles...

On sent vite que derrière toute cette force se cache une certaine ignorance ou candeur au vu de la situation : Françoise se réfugie dans ses croyances chrétiennes lorsque la situation lui semble floue. Elle arrive même à nous faire oublier qu'elle se trouvait dans des camps tant elle ressent de plaisir à vivre sa détention et à rencontrer d'autres personnes... Mais sa bonté de cœur lui permet de traverser les expériences des deux camps où elle fut détenue. Elle donne son âme au service de ses codétenues et des enfants dont elle s'occupe. Une femme admirable, on ne peut en douter!

Une postface axée sur l'analyse de l'action de Françoise Siefridt

Après le témoignage, c'est au tour de Cédric Gruat d'analyser la situation mais lui oriente le sujet sur son ressenti des actions de Mme Siefridt et de tous ceux qui, comme elle, ont voulu porté cette étoile par choix de protestation et par acte de foi qui ne défini pas une différence entre Chrétiens et Juifs. J'ai trouvé cette démarche analytique très intéressante car, en extrapolant le témoignage, il m'a fait me rendre compte que certains détails m'avaient échappés. Les annexes qui terminent l'ouvrage aident, elles aussi, à la compréhension du contexte : lieux, protagonistes etc.

Pour conclure, bien que la préface soit à mon goût quelque peu lourde, ce témoignage dans sa globalité est de très bonne qualité tant par l'aspect de la guerre qu'il transmet que pour son contenu historique. J'attribue donc la note de 14/20 à ce livre et remercie livraddict et les éditions Robert Laffont pour le partenariat.



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